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Actualité des entreprises

Tribune - La souveraineté électronique ne se proclame pas, elle se construit

Publication: 20 juin

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Le mot s’est imposé dans le débat public : souveraineté. Depuis la pandémie, les pénuries de composants et les tensions géopolitiques, l’Europe veut reprendre la main. Le European Chips Act fixe un cap ambitieux. En France, le plan France 2030 promet une réindustrialisation massive.

La volonté est réelle. Mais la souveraineté électronique reste, pour l’instant, partielle. Je dirige une entreprise qui assemble et industrialise des systèmes électroniques en France. Nous produisons ici, pour des secteurs stratégiques. Pourtant, lorsque nous analysons l’origine des composants que nous intégrons, le constat est clair : une part essentielle de la valeur ajoutée critique provient encore d’Asie ou d’Amérique du Nord.

Si l’on regarde le marché des semi-conducteurs, l’Europe demeure dépendante. Elle ne représente aujourd’hui qu’une part très minoritaire de la production mondiale de composants électroniques, alors même qu’elle en est une grande consommatrice, notamment dans l’automobile, l’énergie, l’aéronautique ou la défense. Cet écart structurel illustre l’ampleur du défi. Assembler localement ne suffit pas à garantir l’autonomie.

Cette dépendance est longtemps restée invisible. Les chaînes mondiales étaient fluides, les délais prévisibles, les coûts optimisés. Puis les ruptures sont arrivées : allocations arbitraires, délais multipliés, volatilité des prix. Dans les ateliers, la souveraineté ne se mesure pas en discours mais en semaines d’approvisionnement. Le débat se concentre souvent sur les « puces ». Il est indispensable de renforcer leur production. Mais l’électronique est un écosystème complet : conception, circuits imprimés, composants passifs, assemblage, test, logistique. Si un seul maillon stratégique reste externe, l’ensemble demeure fragile.

Les sous-traitants électroniques sont à ce point d’équilibre. Nous arbitrons chaque jour entre coût, délai et risque. Nous voyons où se situent les vulnérabilités. Nous savons que la question centrale n’est plus seulement : « combien cela coûte ? », mais : « combien coûte l’absence de maîtrise ? »

Reconstruire une base électronique européenne suppose d’investir dans nos outils industriels, d’automatiser, de gagner en flexibilité. Cela suppose aussi une logique de filière : visibilité sur les volumes, engagement des donneurs d’ordres, acceptation d’un différentiel de coût lorsque la sécurité stratégique est en jeu. Certains secteurs l’ont bien compris. Aujourd’hui, des acteurs industriels expriment une demande croissante pour des produits fabriqués en France, intégrant des composants européens lorsque cela est possible.

Cette exigence est légitime au regard des enjeux de sécurité et de résilience. Mais elle constitue aussi un défi majeur pour les sous-traitants : être capables de répondre techniquement à ces cahiers des charges, sécuriser des sources d’approvisionnement européennes encore limitées, adapter les architectures produits et maintenir la compétitivité.

L’Europe ne gagnera pas la compétition mondiale par le dumping tarifaire. Elle peut la gagner par la réactivité, la qualité, la proximité et la maîtrise du risque. La question n’est plus de savoir si nous voulons être souverains.

La question est de savoir si nous sommes prêts à faire les choix industriels qui rendent cette souveraineté réelle. Car au-delà des tensions conjoncturelles, l’électronique demeure le socle de la plupart des technologies stratégiques : transition énergétique, mobilité décarbonée, infrastructures numériques, intelligence artificielle, équipements médicaux, défense. Sans maîtrise électronique, il n’y a ni autonomie technologique ni puissance industrielle durable. Faire de l’électronique une priorité n’est donc pas une option sectorielle. C’est un choix structurant pour l’avenir industriel et stratégique de l’Europe.

David Hériaud

Directeur Général - Selva Électronique

À la tête de Selva, PME industrielle spécialisée dans la conception et la fabrication de cartes électroniques, David Hériaud porte depuis plus de vingt-cinq ans une vision de croissance fondée sur l’innovation, la proximité client et la montée en valeur technologique.

Entré dans l’entreprise en 1995, il a accompagné sa transformation progressive d’un sous-traitant régional en un acteur reconnu à l’échelle nationale et européenne, notamment grâce au développement du bureau d’études, à la diversification sectorielle et à l’expansion territoriale du groupe.Dirigeant de terrain autant que stratège, il défend une industrie agile, capable de conjuguer excellence opérationnelle, souveraineté de production et innovation.

Son approche du management, nourrie par une forte culture du collectif, place la cohésion des équipes et la qualité de l’exécution au cœur de la performance industrielle.

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