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Actualité des entreprises

Électronique de défense : l’angle mort de la souveraineté européenne

Par Alix Joseph – Directeur Marketing Synov Groupe

Publication: 4 mai

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À mesure que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les cybermenaces se sophistiquent, une réalité s’impose : la sécurité des États ne se joue plus uniquement sur les champs de bataille. Elle se joue désormais au cœur même de nos infrastructures critiques, que ce soit les réseaux électriques, les systèmes ferroviaires ou les installations nucléaires, et repose sur un pilier souvent sous-estimé : l’électronique. Or, sur ce terrain stratégique, l’Europe avance à découvert.

Une dépendance critique et dangereuse

Aujourd’hui, une part significative des composants électroniques essentiels à nos systèmes de défense et de sécurité est conçue et fabriquée hors d’Europe. Cette dépendance industrielle, longtemps tolérée au nom de la compétitivité, devient une vulnérabilité majeure.

Car derrière chaque carte et composant électronique importés se cache un risque non négligeable :

- La rupture d’approvisionnement en cas de crise
- La dépendance à des zones géopolitiquement instables
- L’exposition à des intrusions ou manipulations malveillantes Dans un monde où la guerre peut être hybride, économique, technologique ou cyber, cette fragilité n’est plus acceptable. Comme le souligne un rapport d’IPC, l’Europe a perdu une partie significative de ses capacités industrielles dans des segments critiques de l’électronique.

Nous devons changer de paradigme. L’électronique n’est plus un simple composant technique, c’est une infrastructure stratégique qui nous entoure absolument partout.

- Dans le nucléaire, elle garantit la sûreté des installations.
- Dans le ferroviaire ou l’aérien, elle conditionne la sécurité des passagers.
- Dans les réseaux énergétiques, elle assure la continuité de service.

Une défaillance, une altération ou une dépendance mal maîtrisée peut avoir des conséquences systémiques. Autrement dit, la souveraineté électronique est devenue une condition de la souveraineté tout court.

Face à ce constat, une évidence s’impose. L’Europe doit reconstruire sa capacité à concevoir, produire et maintenir ses propres systèmes électroniques critiques. Et cela ne signifie pas simplement relocaliser des usines. Il s’agit de rebâtir une chaîne de valeur complète qui inclus la conception, l’industrialisation, la fabrication, les tests et la qualification ainsi que la maintenance des produits.

Des industriels européens démontrent déjà que ce modèle est viable. En France, des acteurs comme le Groupe Synov s’appuient sur des décennies d’expertise pour produire des équipements électroniques destinés à des environnements critiques, en garantissant traçabilité, conformité et robustesse. Cette proximité industrielle n’est pas un détail car elle permet de sécuriser les flux, de réduire les risques et d’accélérer les cycles d’innovation.

Mais cette transformation ne pourra se faire sans un engagement clair des pouvoirs publics. L’Europe dispose d’un levier majeur qui est sa capacité d’investissement et de régulation.

Les initiatives récentes, notamment les programmes de financement dédiés à la défense, vont dans le bon sens. Encore faut-il qu’elles s’accompagnent de choix structurants tels que :

- Privilégier les achats “made in Europe”
- Soutenir les industriels locaux
- Encourager la relocalisation des compétences critiques
- Structurer des filières complètes, de la R&D à la production Il ne s’agit pas de protectionnisme, mais de lucidité stratégique.

Au-delà de l’enjeu sécuritaire, la souveraineté électronique est aussi une opportunité. Car réindustrialiser l’Europe, c’est recréer des emplois qualifiés, c’est renforcer notre compétitivité, cela stimule l’innovation, et surtout cela permet de réduire l’empreinte carbone des chaînes d’approvisionnement.

C’est aussi redonner à l’Europe un rôle moteur dans les technologies critiques du XXIe siècle.

L’histoire industrielle européenne a montré que les dépendances stratégiques finissent toujours par coûter plus cher que l’investissement initial. Aujourd’hui, nous sommes à un point de bascule. Soit l’Europe accepte de rester dépendante sur un maillon clé de sa sécurité, soit elle fait le choix d’investir, de produire et de maîtriser son avenir technologique. L’électronique de défense n’est pas un sujet technique réservé aux ingénieurs. C’est un enjeu politique, économique et stratégique majeur. Et surtout, c’est une question de souveraineté.

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