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Dossiers

Souveraineté électronique : l’urgence de préserver notre chaîne de valeur et notre filière PCB

ELECTRONIQUE MAG NUMERO 178

Publication: 8 octobre

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Par Bernard Bismuth, Président de BdeB Consulting

Dans le passé, notre continent disposait d’un tissu industriel complet : nous fabriquions nos matières premières et nos circuits imprimés directement en Europe. Nous avons certes déjà traversé des périodes de fortes tensions liées à des pénuries de composants, des crises que nous avons su surmonter en faisant preuve de résilience. Mais la question qui se pose aujourd’hui est d’une gravité inédite : en cas de crise géopolitique ou sanitaire majeure, les pays tiers producteurs de matières et de circuits imprimés ne vont-ils pas réserver en priorité leurs fabrications à leurs marchés domestiques ? C’est précisément ce risque qui constitue le défi le plus critique pour notre avenir industriel.

Avec seulement 3% des PCB fabriqués sur le territoire national pour couvrir nos besoins industriels, il est urgent de porter ce taux à 10% pour écarter toute menace stratégique.

La nécessité impérative d’un socle de production local

Compte tenu de cette vulnérabilité structurelle, je défendrai avec conviction, la nécessité absolue de maintenir un seuil minimum de production souveraine en France et en Europe.

Si j’exerçais aujourd’hui des responsabilités au sein de grands donneurs d’ordre, je ferais le choix stratégique d’entretenir un partenariat étroit, pérenne et de proximité avec les fabricants de circuits imprimés (PCB). Pour s’en convaincre, prenons une analogie simple : pour créer et confectionner un vêtement, on a toujours recours à la couture. Le PCB est à l’électronique ce que la couture est au vêtement — un art invisible mais fondamental qui donne forme, structure et solidité à l’ensemble.

Fabriquer de l’électronique sans avoir à portée de main des fabricants de PCB avec lesquels on peut échanger, concevoir, imaginer et préserver l’originalité de nos innovations, c’est pourtant la situation de dépendance que nous subissons de plus en plus. Si notre pays et l’ensemble de l’Europe s’exposent à des ruptures d’approvisionnement majeures pour la fabrication d’équipements électroniques, il est urgent de soutenir l’ensemble de la chaîne de valeur, en commençant par son maillon originel : le circuit imprimé.

Des objectifs réalistes et ciblés face aux risques

J’ai souvent évoqué un taux de référence d’environ 10 % de production locale pour l’ensemble des grands secteurs consommateurs d’électronique — qu’il s’agisse de l’automobile, des télécommunications, des loisirs ou de l’informatique. En nuance, et compte tenu des réalités industrielles, cela signifie concrètement moduler cet effort : viser entre 0 et 5 % pour des produits grand public simples, mais exiger jusqu’à 50 % pour les produits hautement critiques, ceux qui exigent une souveraineté et une sécurité irréprochables dans leurs applications et leurs innovations (aéronautique, spatial, défense).

Les dérives de la délocalisation aveugle nous rappellent amèrement la réalité du terrain. Il y a quelques années, j’interrogeais deux jeunes entrepreneurs qui venaient de fonder leur structure : — « Où allez-vous fabriquer vos cartes et vos PCB ? » leur avais-je demandé. — « Pas en France, d’après nos informations, on n’en fabrique plus », m’avaient-ils répondu, illustrant la perte totale de visibilité de nos propres filières auprès de la jeune génération.

J’ai également connu des ingénieurs brillants qui, après avoir confié le prototypage et la fabrication de leur produit à l’étranger, ont eu la mauvaise surprise de le retrouver commercialisé dans des réseaux de grande distribution sous un autre nom, directement issu des ateliers qui avaient réalisé leurs circuits. La fuite des savoir-faire commence souvent par la sous-traitance non maîtrisée des plans et des composants de base.

Redonner les moyens d’investir et d’innover à notre écosystème

Ma position est claire, ancrée dans une conviction personnelle profonde : s’il devient impossible de s’approvisionner en circuits imprimés pour donner vie à nos projets industriels, c’est toute notre capacité à fabriquer qui s’effondrera.

Le PCB représente paradoxalement un montant faible dans la structure de coût d’un produit fini. Pourtant, la pression exercée par la course aux prix bas pousse trop souvent à s’approvisionner au moindre coût, sans anticiper le jour où les usines locales auront disparu et où il sera tout simplement impossible de s’en procurer pour finaliser une production.

Soutenir notre industrie, ce n’est pas faire preuve de protectionnisme aveugle ; c’est, par la garantie de volumes de commandes réguliers, permettre aux fabricants de s’équiper de parcs machines modernes, de collaborer en amont avec les donneurs d’ordre pour optimiser les designs, et de disposer d’acteurs capables d’innover et de proposer de nouvelles approches technologiques.

Mesdames et Messieurs les dirigeants de grands groupes, examinez dès aujourd’hui les leviers par lesquels vous pouvez soutenir activez l’activité des fabricants de PCB. Veillez à ce que ce tout petit maillon de la chaîne, vital et irremplaçable, demeure vivant et fort pour vous accompagner demain.

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